EROFA répond...

 

Claude Gruaz

30/11/201

M. Claude Gruaz, président de l'association EROFA, a réagi hier à ma chronique du 23 novembre, consacrée au projet de réforme de l'accord du participe passé (voir plus bas). Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur le fait que quiconque n'y souscrira pas courra visiblement le risque de passer, de façon plus ou moins explicite, pour un populiste conservateur peu soucieux de démocratie, voire pour un marchand d'orthographe : je ne me souviens pourtant pas d'avoir, en ce qui me concerne, usé de qualificatifs aussi réducteurs à l'endroit de mes honorables contradicteurs ! Mais j'ai trop de respect pour le droit de réponse pour ne pas publier celle-ci intégralement, sans évidemment y changer quoi que ce soit ni l'assortir, du moins à chaud, du plus petit commentaire. J'invite, il va sans dire, tous ceux qui voudraient s'exprimer ici à le faire avec le même esprit de mesure, en se gardant soigneusement de tout argument ad hominem.

« Recevoir des avis opposés au point de vue que l’on défend est bien souvent source de progrès, encore faut-il que ces avis soient solidement argumentés. B. Dewaele a jugé bon de s’en prendre nommément au groupe de travail EROFA dont je suis responsable dans un article de la Voix du Nord du 23 novembre 2014. Venant d’un champion du monde de l’orthographe, je m’attendais, non certes à une argumentation scientifique que ne permettait pas la taille du texte, mais du moins à des arguments convaincants. Or les arguments caricaturaux avancés ont pour seul but de dénaturer les thèses que nous défendons.

Voyons ces arguments.

1. Contrairement au titre, nos propositions ne constituent en aucune manière une « simplification à tout va ». Elles font partie de propositions longuement étudiées et très limitées dont l’objectif est d’écarter quelques exceptions dans des domaines bien définis. Ce sont bien plutôt les élèves et les usagers qui sont « sacrifiés sur l’autel » de règles dont la logique n’est qu’apparente, quoi qu’on en dise.

2. Le mot « faute » devrait être remplacé par « application instinctive d'une logique grammaticale en passe de se substituer à des logiques antérieures ». Cette phrase signifie simplement que le non-accord du participe passé après avoir et son accord après être sont l’expression d’une nouvelle logique qui se met peu à peu en place, comme cela fut le cas pour l’orthographe en général tout au long de son histoire, jusqu’à ce que son évolution naturelle soit quasiment interrompue sous la Restauration et le Second Empire et qu’elle soit aujourd’hui figée dans l’état rétrograde qui est le sien. Il suffit de lire Montaigne, Ronsard, Molière, Voltaire, entre autres, pour se convaincre de l’évolution.

3. Les avis favorables à une évolution rationnelle seraient ceux de « troupes dûment rameutées du côté qui pense bien ». Quelle façon peu courtoise de s’exprimer ! Ceux qui pensent bien, ou le croient, sont, hélas, bien plutôt du côté de l’auteur de ce texte !

4. On peut s’écarter de la norme sans pour autant la révoquer, il suffit d’admettre le droit d’appliquer une autre norme lorsque l’on estime que celle de l’accord du participe passé est contraire à la logique, ce qui est la thèse que nous défendons et démontrons. La comparaison avec la limitation de vitesse est aussi malvenue que superficielle, d’une part parce que le code de la route a régulièrement évolué depuis 1851, date du premier code, ce qui n’est pas le cas de l’orthographe, d’autre part parce que l’usager a un grand espace de liberté dans le choix de sa vitesse. C’est cet espace de liberté que nous revendiquons dans l’application d’un code orthographique plus rationnel débarrassé de cas particuliers qui l’encombrent inutilement mais qui sont autant de délices pour les candidats de championnats et les marchands d’orthographe.

5. Vouloir simplifier traduirait une volonté de masquer l’ignorance, de cacher que l’on penserait que 2 et 2 font 3. Quant à la distinction entre COD et COI, dire qu’elle n’est pas pertinente pour l’accord du participe passé est autre chose que de dire qu’elle est « surannée ». Ce genre de propos fait vraiment douter du sérieux de l’ensemble.

En bref, les arguments énoncés par l’auteur de cet article traduisent un populisme conservateur qui se situe très exactement à l’opposé d’une attitude véritablement démocratique. »

 

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau